
Alan Corbel vient de sortir un EP 4 titres en version digitale précurseur d’un album prévu pour le printemps 2010. Endless, Muse, Children of the sun, The rain. Des textes en anglais sous plume bretonne et solitaire livrés à un folk caressant et écorché. Et le sentiment génial de sentir que ces chansons bien qu’anglaises nous parlent comme une évidence même si le sens premier des mots nous échappe peut-être un peu, parfois.
Terrestre et céleste à la fois, l’atmosphère intimiste qui se dégage confine presque à la nudité. La voix d’Alan Corbel est une fêlure. Elle se pose et se brise, douce et tiraillée, entre « spleen et idéal », mélodie plaintive, comme celle d’un gamin triste prisonnier d’un corps d’adulte.
Un voyage musical et mélancolique auprès de son âme bohème, sorte d’esthétique du désespoir, loin des clichés. Car c’est bien à la mélancolie que fait écho cet album mais à sa charge positive trop souvent mise de côté en France. Une facette féconde, source de vertige musical et d’exaltation poétique, de beauté et de violence, d’harmonie au-delà de la souffrance!
Les quatre titres ont été enregistrés aux côtés de Madame Edith Fambuena des Valentins, également à la production avec Jean-Louis (des Valentins !) sur Fantaisie Militaire d’Alain Bashung et se révèlent touchants et fragiles dans leur recherche de pureté, dans leur volonté de mettre les émotions à nue et la langue comme le corps à vif.
En tournée dans toute la France jusqu’à fin novembre en première partie de Christophe Miossec, on le compare déjà à Jeff Buckley, Elliott Smith ou Patrick Watson. Des affiliations nobles et flatteuses mais toujours trompeuses en cela qu’elles masquent la vitalité propre d’Alan Corbel et son alliance toute particulière d’acuité et de doute sur lui-même.
Ce premier EP était une occasion de le rencontrer, lui, d’ordinaire, si nomade. De plages bretonnes en escales anglaises, de l’atelier de lutherie aux lumières tamisées de la scène, des maths aux arpèges, il est des bourlingueurs pour lesquels voyager est finalement plus important que vivre. Car finalement la vie, n’est-elle pas ce qu’il perçoit davantage dans les yeux des autres croisés aux vents des quatre chemins ? Comment Alan Corbel est-il devenu auteur compositeur ?… ou, plus encore, comment le voyage l’a-t-il conduit à surmonter les obstacles qui l’empêchaient de le devenir plus tôt pour nous livrer ce magnifique écrin ?
- Pour suivre Alan Corbel, connaître ses dates de concert et vous procurer ce premier EP, rendez-vous sur : http://www.myspace.com/alansongs
Interview
Quel enfant étais-tu ?
Je n’étais pas très expressif et je n’étais pas quelqu’un qui paraissait très joyeux sans pour autant être malheureux non plus. J’étais assez introverti. En fait, bizarrement, je n’ai pas de grands souvenirs de mon enfance jusqu’à l’âge de 10 ans. C’est un peu étrange. Je ne sais pas si j’ai voulu occulter cette partie ou non…
As-tu eu une enfance bohème ?
Je suis né en Bretagne à Saint Brieuc. J’ai grandi au bord de la mer puis je suis parti vivre à Rennes où je suis resté jusqu’à mes 18 ans. Ensuite je suis parti vivre en Angleterre.
Ton milieu te prédestinait-il à la musique ?
En fait, c’est plutôt amusant comme question car au sein de ma famille, les gens proches étaient assez éloignés de l’univers artistique au sens large du terme. Et je ne connaissais pas très bien tous les membres de ma famille mais je viens de recevoir des emails de personnes qui m’ont retrouvé suite aux parutions de petits articles et j’ai découvert, à cette occasion, qu’il y avait finalement pas mal d’artistes peintres dans ma famille. Des gens qui ont pas mal bourlingué, qui ont eu un peu le même parcours que moi.
Gamin, imaginais-tu que tu deviendrais artiste ?
Je n’avais pas envisagé cela du tout. A la base, j’étais scientifique. J’ai passé un bac scientifique. J’étais un gamin plutôt studieux.
A quoi te destinais-tu ?
J’avais foncièrement envie et besoin de retourner au bord de la mer donc je voulais faire de la biologie marine.
Et tu es parti en Angleterre…
Oui… J’y suis parti pour faire de la lutherie en partie parce que je voulais vivre dans le milieu de la musique mais je ne me sentais pas capable d’être auteur compositeur. J’ai cherché un moyen de rester dans le milieu musical sans avoir à monter sur scène.
A quel moment la musique est-elle venue contrecarrer tes aspirations scientifiques ?
Dans ma famille, il n’y avait pas une grande écoute musicale. Mais le peu de références musicales qu’il y avait était assez géniales : Bob Dylan, Brassens, Gainsbourg… des bases intéressantes. Mais c’est vraiment à partir du collège avec les petites révolutions musicales des années 90 comme Nirvana, Jeff Buckley, Bjork, Radiohead que je m’y suis intéressé. J’ai écouté beaucoup de classique et j’avais une véritable passion pour le violon. J’avais vraiment envie de savoir comment marchait cet instrument. Donc je suis parti à Nottingham. C’était aussi un défi car je n’étais pas quelqu’un de manuel.
Tu as besoin de te défier ?
J’ai toujours débarqué dans mes boulots en prétendant être capable de le faire… Ca c’est toujours passé comme ça.
C’est vital d’être électron libre ?
Il y a un truc ! Je n’arrive vraiment pas à ma poser. J’ai eu des logements où je ne suis jamais resté plus de 6 mois. Peut-être est-ce une fuite, je ne sais pas ! J’ai besoin de ça pour écrire. Sans parler d’aller à l’étranger ou à l’autre bout du monde. Simplement, être dans un endroit que je ne connais pas me donne envie d’écrire en regardant les gens passés, en prenant le train. J’ai besoin de ce mouvement.
A quand remonte ta passion pour l’écriture ?
Tardive… un peu comme tout. Je me suis mis à lire au lycée… poésies, auteurs anglais, romans du 19eme…
Et le besoin d’écrire ?
C’est plus souvent un acte assez douloureux qui peut être un exutoire. L’intéressant est de retranscrire quelque chose de douloureux avec des mots qui vont rendre la chose poétique, belle et par la musique, un peu chantante… un peu lyrique.
Qu’as-tu fait à ton retour d’Angleterre fort de ton expérience de luthier?
Quand je suis rentré d’Angleterre, je cherchais des musiciens pour essayer les instruments que j’avais fabriqués et j’ai rencontré Soazig Le Lay qui était violoncelliste. Nous sommes vite devenus amis. Elle m’a demandé de coécrire son album, elle cherchait quelqu’un de bilingue, et à la suite de cela, nous avons créé Megalux en 2005 qui a tourné 2 ans… jusqu’à son décès.
Aujourd’hui, le choix de l’anglais pour l’écriture de tes textes demeure…
A la suite de Megalux, je me suis rendu compte que j’aimais écrire en anglais. Mais je continue aussi d’écrire en français. En ce moment, j’écris un recueil de poèmes… Quand je dis cela, « poésie », je ne m’engouffre pas non plus dans la technique, le cadre. Je déstructure la chose en plaçant une phrase assassine, trop longue, en plein milieu. Je structure à mon sauce. Il n’y a pas de barrière.
Qu’apprécies-tu le plus aujourd’hui dans le processus de création ?
L’écriture ! J’ai changé ma façon de faire. J’écris maintenant vraiment plein de petits bouts de chansons et j’aime par-dessus tout le moment où une seule petite phrase suffit à te donner l’inspiration pour écrire tout un texte puis poser une musique dessus. C’est assez jouissif.
Peut-on dire que tu te sens bien avec le sentiment de mélancolie ?
Je trouve que c’est un sentiment très chouette. On est dans le spleen et il y tant de choses qui se dégagent et de belles choses. Il y a, au final, une beauté qui suffit à ne pas se sentir trop mal. A ce sujet, « La mélancolie » de Miossec est un texte sublime.
Justement, en parlant de Christophe Miossec, quels souvenirs particuliers gardes-tu de sa première partie?
La joie de découvrir qu’un public qui vient voir et écouter un français, pointu, m’accueille chaleureusement et soit bienveillant, avec beaucoup de retours très agréables. C’est génial et généreux. Quand à l’accueil réservé par Miossec et son équipe, c’est une grande et belle chance qui s’est offerte à nous avec mon ingénieur du son Ronan.
Peux-tu me parler de ta rencontre avec Edith Fambuena ?
Je bossais avec mon éditrice Catherine Cuny et je souffrais un peu pour trouver les bonnes personnes avec qui travailler musicalement. Catherine a rencontré Edith qui a vu mes maquettes et a voulu le faire. Voilà ! Tout a été naturel, sans questionnement ! On s’est retrouvé entre musiciens qu’Edith avait fait venir tel un groupe de copains qui répèterait dans son garage. J’avais la pression en voyant leur cv mais j’ai vite compris qu’ils étaient là par plaisir et qu’ils étaient heureux de faire quelque chose avec un jeune auteur qui n’avait pas beaucoup travaillé.
Tu dis d’Edith Fambuena qu’elle t’apaise et te mène plus loin que là où tu n’oserais aller seul…
Oui car elle arrive avec ses idées et il faut se laisser un peu aller. Ca ne sert à rien de lui demander de réaliser l’album s’il n’y a pas un moment où on se laisse violer. Quand on a fait tourner un titre pendant un an, il est dur de laisser les autres se l’accaparer. Très vite, elle le rend en en ayant pris soin et le résultat est vraiment là.
Le trac est-il une notion familière ?
Oui mais la première partie de Miossec a été riche d’enseignements.
Et le succès est-il une notion qui pourrait t’embarrasser ?
Difficile de répondre. Je viens de faire le Scopitone et j’ai découvert en arrivant sur place que j’étais tête d’affiche. Je ne l’ai pas très bien vécu. C’était une grosse pression.
Tu doutes beaucoup ?
Oui assez mais je pense que c’est normal. C’est une base assez saine de se remettre en question mais je le fais peut-être plus que d’autres…
- Crédit photos : Claude Gassian





Bonsoir,
ça donne envie d’ecouter l’ album !